Pourquoi avoir choisi l’ours d’Asie dans notre première campagne d’information et de soutien pour les êtres vivants maltraités ? Pourquoi pas le chat que l’on abandonne, la biche que l‘on chasse, le chien que l’on mange, la truie immobilisée pour l’élevage ou la jument martyrisée pour produire des hormones artificielles ? Pourquoi pas les femmes battues, les enfants qui meurent de faim ou les vieux qu’on abandonne sans soin ni amour …
Où que se porte notre regard sur cette terre si riche de beauté et de dons, nous pouvons voir et, si nous le décidons, prendre conscience des innombrables violences qui sont perpétrées par l’être humain vis-à-vis du vivant. Il n’y a malheureusement que l’embarras du choix.
Ces ours d’Asie, abominablement encagés et soumis à des traitements d’une cruauté épouvantable, ont touché notre cœur et notre âme. A travers eux ce sont tous les êtres vivants qui nous appellent et que nous devons soutenir.On ne peut pas juste défendre les chiens et pas les chats, juste les enfants et pas les personnes âgées. On ne peut pas choisir en fait. On aime soigner ses roses. Faut il utiliser pour cela des produits toxiques, testés dans de grandes souffrances sur des singes…
La maltraitance, la violence, la cruauté ne se ‘’découpent’’ pas. Il n’y a pas de degrés. Elles ne font qu’un. A aucun moment, en aucun lieu, en aucune circonstance, pour quelque raison que ce soit, il n’est possible de tergiverser.Ainsi Léon Tolstoï * interpelle ainsi le soldat : « Que tu le veuilles ou non tu dois te réfléchir et de demander : qu’est-ce donc que cette fonction de soldat qui te force à fusiller tes frères sans armes ? ». Pour Léon Tolstoï il est clair que l’homme ne doit jamais obéir à l’ordre qui lui commande de tuer. Celui qui maltraite un animal non humain, quelles qu’en soient les raisons, présente les signes d’un déséquilibre qui peut tout aussi bien s’exercer, en d’autres circonstances, sur un enfant ou un adulte. C’est un fait clinique indiscutable.
Le martyre des ours nous choque nous, en particulier, en raison de notre vécu personnel, des cas de souffrance et de handicaps lourds que nos proches ont du affronter dans leur vie et que nous avons accompagné. La souffrance insupportable qu’on leur inflige n’a aucun sens que celui du profit financier, de l’égoïsme et de la cruauté hallucinée.
L’ours est un animal chargé de symboles pour l’être humain. Nos anciennes sociétés le nomme « grand père » et pensent avec lui des rapports de filiation et d’enseignement.Il descend dans les cavernes, lieux isolés au cœur de la terre dans lesquelles les saints et les mystiques anachorètes se sont toujours volontiers réfugiés. Séjournant ainsi dans les profondeurs l’ours est reconnu comme animal « psychopompe », celui qui accompagne les âmes en partance. C’est un animal de passage et d’initiation. Nous reconnaissons bien inconsciemment sa force et sa puissance curative puisque nous en avons fait la peluche préférée de nos enfants.
L’ours nous accompagne si fort dans nos vies que ce sont ses représentations, en peluche, qui sont utilisées en thérapie pour les enfants traumatisés, dans les hôpitaux pour le réconfort des petits, pour symboliser des actions caritatives, etc.
La noblesse que l’homme reconnaît à l’ours et les pratiques cruelles qu’il lui fait subir, sont une contradiction flagrante, preuve de l’ambivalence de l’homme vis-à-vis de ses compagnons non-humains et de ses conflits non résolus avec son environnement et avec lui-même.
L’être humain est en maltraitance personnelle de sa terre, de ses habitants et de lui-même. Cela explique son mal-être. Il crée et développe en toutes occasions le couple infernal du bourreau et de la victime. Il change de rôle suivant les circonstances mais reste toujours prisonnier de ce jeu pervers.
Il est étonnant par exemple de constater que dans le cas de ces enfants dits « sauvages » ( élevé par les ours, les loups, etc…), qui ont fait couler beaucoup d’encre, c’est la question de « l’inhumanité » de l’enfant qui passionne et interpelle mais pas celle de « l’humanité » de l’animal. L’être humain réduit sa propre puissance. Il ne développe pas sa propre énergie vitale mais sa violence. Il voit le monde dans un prisme de violence, le crée lui même et s’y noie. Il crée sa propre violence et en est victime.
Sauveur ou victime, quelle figure de l’ours reconnaissons nous ?
Protecteur ou bourreau, quel visage choisissons nous de regarder ?
Quelle notre figure ?
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“ La non-violence est la plus grande force que l’humanité ait à sa disposition..la destruction ne correspond nullement à la loi des hommes ”
The Mind of mahatma Gandhi
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